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L'A.L.I. Auvergne est située à Clermont-Ferrand. Reconnue d'utilité publique, l'Association Lacanienne Internationale est représentée par de nombreux groupes de travail à travers l'Europe, l'Amérique du Nord, l'Amérique du Sud et le Moyen-Orient. Elle a pour but de poursuivre le travail de Freud et Lacan.

« Pas d’impair »

Le transfert à l’épreuve de nos cliniques

Les aménagements dans la technique analytique et la direction de la cure aujourd’hui

Journées internationales AFB-ALI

Samedi et Dimanche 15 et 16 Octobre 2022

Bruxelles

 

J’aurais pu donner comme titre ou comme sous-titre « … de la disparité », tant cet aspect me semble problématique et récurrent sur le plan très pratique d’entretiens avec des patients. Ce sont deux mots du titre entier du séminaire de 1960-1961, « Le transfert dans sa disparité subjective, sa prétendue situation, ses excursions techniques ».

Ce qui me semble récurent est cette « parité », sans doute souhaitable en certaines circonstances, que l’on retrouve ces dernières décennies entre hommes et femmes si l’on peut encore dire cela, parité systématisée dans tout groupe surtout lorsqu’il s’agit d’officialité. Et ici parfois, donc dans les entretiens, autre genre de parité, non essentiellement sexuée, qui serait installée « naturellement » dans le Deux à égalité que formeraient l’analyste et l’analysant. Tout du moins au début. A contrario Lacan remerciait un auditeur de son séminaire d’avoir dit que la relation n’était pas essentiellement de l’analysant à l’analyste, à deux, mais au couple analysant analyste, donc à trois. Cette parité - nous faisons la paire - m’apparait sensible souvent, alors que même prudemment délivré par l’analyste tout écartd’avec les propos formulés dans la plainte, dans la demande, peut être susceptible de rejet parfois violent de la part du patient – « vous ne (me ?) comprenez pas (faut-il ajouter le me qui est souvent éclipsé tellement il est « naturel » ! Faut-il ajouter le « vous non plus [docteur] ne (me) comprenez pas, vous êtes comme tout le monde autour de moi ! »). Cet aspect a d’ailleurs été souligné lors des dernières journées à Chambéry sur Le refus du réel, que ce soit cliniquement, ou socialement selon le travail sur la dé-coïncidence de François Jullien. 

Je parle ici de certains moments, non rares cependant, mais bien sûr pas de l’ensemble des patients. Par ailleurs si je parle de cela c’est par ce qu’il me semble que ces « moments » dans les entretiens sont le reflet de ce qui est prôné dans le social, nous sommes tous égaux, nous sommes à égalité. Si vous êtes médecin et souffrant et que votre voisin ou votre personnel de maison comme on dit vous inflige leur avis thérapeutique affirmé pour votre bien, il vaut le vôtre voire plus… il est plus « naturel ». Et puis « on a bien le droit de donner un avis », ce qui est vrai… ma foi… et ce n’est pas récent ! Ceci paraitrait comme un aspect hystérique s’il n’avait ce soutien social, en tout cas informationnel puis politique, sauf hystérie collective mais cela ne me semble pas suffisant pour établir encore cela. Les mots d’ordre en ont fait une majorité installée dont l’affirmation « on a bien le droit » permet une revendication… plutôt tranquille. Du côté du Droit la philosophie politique libérale d’un John Rawls (1921-2002) a été largement suivie, prônant que « toute personne a droit à un système pleinement adéquat de libertés de bases égales pour tous… ». Cependant, le mot « avis » étymologiquement appelle la nuance, il s’agit d’aller y voir, « il m’est à vis que », « il me semble »… Il appelle le débat et n’est pas fermeture « j’ai dit, point, c’est ainsi » « c’est moi c’est mon avis » « et j’en sais quelque chose ». Un savoir qui serait plutôt des connaissances-faites-savoir, ce qui peut renvoyer à la croyance, thème du dernier numéro de la Revue lacanienne ! Quant à parité c’est du pair, avec cette notion de parts égales, comme symétrie est summetria, c’est la juste mesure, la proportion exacte.  

« Disparité » est le premier mot du séminaire. C’est aussi le premier mot du titre après « le transfert ». Trouver le bon mot est difficile dit Lacan, notamment en français, car insuffisamment représentatif. Dans une note en bas de page (du séminaire « Le transfert… »), note de l’édition, il est fait référence à l’adjectif en anglais odd (1960), « « impair », « dépareillé », « non usuel », « bizarre » ». Cette note du séminaire 1960 renvoie aussi au séminaire plus tardif sur « la Lettre volée » dans les « Écrits » (1966). En effet dans le corps du texte de « La lettre volée » Lacan écrit « la référence à la dissymétrie révélée par l’impair », et dans une note de bas de page il donne cette référence au terme odd- note 2, p. 47. Dans ce séminaire « la Lettre volée » Lacan établit l’écriture d’une « série de hasard » qui joue sur la seule alternative présence absence. Il s’agit de groupes de 3 à partir de 2 signes [+ et –]. Il en faut bien trois pour que ce soit impair (et pour distinguer la constance de l’alternance).

La « dissymétrie révélée par l’impair » » est écrite sous la forme d’un groupe de deux signes semblables indifféremment suivis ou précédés d’un signe contraire » (+ - -, - ++, ++ -, - - +). Elle se joint à la notation de la symétrie de la constance (+++, - - -) et à celle de la symétrie de l’alternance (+ - +, - + -). En dehors de la dissymétrie, de l’imparité, il y a donc l’alternance, ce pourrait être – allons-y !- un changement de place analyste analysant,  sur une interprétation au sens classique du terme – ou en consultation médicale par exemple : la parole du « patient », « J’ai le diagnostic, ou j’ai le traitement, il me faut tel médicament, j’en ai parlé à un ami qui a la même chose ; ou je suis allé voir sur internet etc. ». L’inversion est prisée aujourd’hui, ainsi Decathlon va s’appeler « Nolhtaced » en Belgique durant un mois où la marque va être client de ses clients devenus vendeurs. Il y a d’autres exemples de changements de postes transitoires. Ce pourrait être aussi, cette contemporanéité, la constance, qui m’a fait penser à la coïncidence, monotone, égalitaire décrite par François Julien. L’étymologie du mot « constance » renvoie à ester, « debout », cela évoque la stabilité, le bon équilibre, tout ce qu’il faut pour bien s’endormir. [Et constance se rapproche de « constat », au sens de « fait établi », de « fermeté ». La « c©onstitution » établie n’est pas loin, et] la « distanciation » non plus ! Mais la « bonne distance », non encore chiffrée si ce n’est en présence virale – 1 mètre, deux, 1 mètre cinquante, selon les pays et le moment, selon les… circon-stances… - la « bonne distance » quantitative n’est pas la disparité, qualitative ! 

Ce mot « impair » parait être le moins mauvais, sans être l’équivalent français de odd. Il présentifie « ce que le transfert contient essentiellement d’impair » ; imparité subjective du transfert ». (1960). Lacan ajoute en note des « Écrits » : « L’usage français du mot impair pour désigner une aberration de la conduite, en montre l’amorce ; mais le mot : disparate lui-même s’y avère insuffisant »[1] (1966). Le mot « imparité quant à lui n’est pas d’usage en français » Par rapport à l’excellence du mot anglais odd  en 1966 Lacan semble préférer le mot impair, il ne reprend pas la disparité du transfert  de l’année 60; mais le contexte est alors plus logico mathématique. Ces hésitations témoignent de l’importance à nommer cette « prétendue situation ! » Notons avec l’impair l’amorce de l’aberration de conduite, un impair, une bizarrerie ce transfert ? 

Au début du séminaire « Le transfert… » il s’agit d’« aller plus loin que la simple notion de dissymétrie entre les sujets ». Lacan cherche à représenter une rupture qualitative. En fait odd a plusieurs significations mais qui sont plus proches d’une singularité, d’une bizarrerie (traduction de Baudelaire dans les « Lettres »), une étrangeté. Pourrait-on dire un écart ? Un écart de conduite…un impair. Dans le séminaire « La relation d’objet » (20 mars 1957), le signifiant odd « intraduisible en français » est décrit comme « un signe qui au premier aspect se distingue des autres, qui n’a pas de symétrie. C’est le dissymétrique, celui qui dès l’abord saute aux yeux comme étant impair, boiteux. »  (Lacan). Mais « boiter n’est pas pêcher ! Et ce qu’on ne peut obtenir d’un coup d’aile il faut l’atteindre en boitillant »[2]Pas de précipitation, mais de la détermination ! Disparité, différemment de dissymétrie, évoque une absence d’égalité et de proportions. L’étymologie fait nettement référence à une différence. Lacan n'a pas si mal choisi « son » mot en français, disparité[3] !

Il faut également noter que le séminaire est contextuel, il s’agit de l’exclusion de Lacan pour que la SFP soit reconnue par l’IPA (1959-1963). Ceci me semble patent dès la première page, où il rappelle combien cette disparité « s’insurge dès le principe contre l’idée que l’intersubjectivité puisse à elle seule fournir le cadre dans lequel s’inscrit le phénomène ». « …l’intersubjectivité, soit ce qui est le plus étranger à la rencontre psychanalytique. » 

Alors j’évoquais la pratique avec cet aspect de phénomène non seulement de symétrie mais d’égalité dans les entretiens – constance, alternance – mais je ne voudrais pas personnaliser les mots de Lacan, ce qui serait un danger, déjà perceptible par ailleurs. Si l’on tient compte du contexte et de la remarque de Lacan distinguant inter- de disparité – on ne fait pas la paire – il est possible de comprendre une différence de niveau – à tous niveau d’ailleurs… ! Le sujet de l’inter- est plutôt à ce moment, présence de ce qui se passe entre deux personnes, le sujet lacanien est quant à lui celui de l’inconscient., marqué du langage. Il s’agit de prêter attention en termes de signifiants, c’est la question du sujet en psychanalyse. C’est ce qu’il faut sans doute marquer dès les entretiens préliminaires. Pour Lacan dès les entretiens préliminaires c’est à l’analysant de faire le travail, « (d’)en pétrir la pâte, (de) faire usage de l’analyste ».[4] Dans le séminaire le transfert, se refusant à entrer dans le couple intersubjectif il précise éviter toute attitude qui prête à imputation de réconfort, à fortiori de séduction ». La relation « doit différer à tout prix de la négociation et du guet-apens ». Il cite ici quelques exemples intéressants qui rappellent la mind theorie un temps prisée au Collège de France[5]. Les théoriciens du jeu et des stratégies utilisent également cette approche et certains citent Lacan notamment dans son texte des trois prisonniers. 

La disparité- vient se substituer à l’inter- pour ce qui concerne la position du sujet. Cette « position » du sujet est importante. Dans le séminaire « L’angoisse » Lacan reprend et répond à l’objection si fréquente et violente qui lui est faite au sujet de « sa phrase » : la guérison (ne) vient (que) de surcroit. Il serait bien de lire d’ailleurs, comme toujours, pour le moins, le paragraphe entier, notamment dans les deux formulations où cette idée se loge. Elle est exprimée dans « Variantes de la cure type ». Ce texte que l’on trouve dans les « Écrits » de 1966, est en grande partie la reprise, avec un léger changement du premier chapitre, d’un texte écrit en 1953. Paru en 1955 dans l’Encyclopédie médico-chirurgicale après avoir été « mis de côté ». Il s’agissait d’une « commande » de la part d’un comité de psychanalystes, « choisis de diverses tendances » par « son ami Henri Ey » lequel avait reçu la charge des méthodes thérapeutiques en psychiatrie. Texte intéressant qui pourrait résonner avec le sous-titre de ces journées, tant il interroge sur la « cure-type » que sur les variantes inhérentes à chaque analyste, chaque cure etc. On peut entendre le mot disparité sous l’angle de variétés, variétés des transferts, variétés des sujets etc.

Lacan part, dans ce passage des « Variantes de la cure type », de la théorie des critères thérapeutiques – il ironise : « amélioré » « très amélioré » « guéri », et il précise « (de) l’insouciance du psychanalyste quant aux rudiments exigés pour l’emploi de la statistique ». C’est un reproche que l’on faisait à Freud selon Ernst Jones, son inintérêt pour les statistiques. Les deux textes, 53/55 et 66 dans lesquels Lacan parle de ce « surcroit » varient un peu mais l’idée est la même.  Il ne conteste pas que guérison (c’est-à-dire ?) il puisse y avoir, mais il ne peut envisager que ce soit motif initial à l’analyse, sauf … à ne plus être alors dans la psychanalyse[6].

Dans le séminaire « L’angoisse », le 12 décembre 1962, il se défend de n’avoir eu « aucun dédain pour les personnes dont nous avons la charge ». Il précise qu’il parlait d’un point de vue méthodologique « Il est bien certain que notre justification comme notre devoir est d’améliorer la position du sujet. Mais je prétends que rien n’est plus vacillant, dans le champ où nous sommes, que le concept de « guérison ». »

Qu’est-ce qu’« améliorer la position du sujet » ? Si ce n’est son rapport au langage, à sa parole, à la dette de son histoire par le langage ? A ne plus chercher sans cesse selon les traces, les sillons de ses répétitions voire de ses reproductions. Il faut alors laisser se dire les « associations ». Ce qui est spécifique encore une fois de la psychanalyse, l’intention première n’est pas définie d’avance si ce n’est de mettre en place, à chaque fois, pour chaque analyse et selon chaque analyste, ce que Lacan appelle souvent « l’expérience psychanalytique ». C’est ainsi que j’entends également son propos lors de la conclusion des journées de l’EFP sur la transmission de la psychanalyse (1978). Il faut, - « c’est forcé » insiste-t-il – que chaque psychanalyste soit forcé – puisqu’il faut bien qu’il y soit forcé – de « réinventer la façon dont la psychanalyse peut durer ». La fin de son exposé réitère d’ailleurs cela, selon moi. Après un développement à la fois explicite et énigmatique où interviennent symptôme, sinthome et signifiant, il met sur table si l’on peut dire « ce qu’il a essayé d’expliquer tout au long de ses séminaires. » « Je crois que je ne peux aujourd’hui en dire plus » conclue-t-il. A chaque un me semble-t-il là aussi de procéder … pour que la psychanalyse puisse durer ! 

 Il donne cependant « du corps à cela ». Avec deux écritures qui semblent là en cet instant importantes. Notamment l’Autre barré par le signifiant, et la représentation du sujet, avec « ce que ça veut dire : dans l’Autre il n’y a pas d’autre signifiant… il n’y a qu’un monologue ». Voilà le premier « corps », le premier du corpus à ce moment. 

L’autre point est amusant par rapport à ce que je viens de dire du non-thérapeutique. Lacan rappelle là, en 1978, l’échec de la passe, il se demande quel est le truc pour que des gens guérissent tout de même par l’opération du signifiant ! Il rappelle Freud qui a « souligné qu’il ne fallait pas que l’analyste soit possédé du désir de guérir, mais c’est un fait qu’il y a des gens qui guérissent, et qui guérissent de leur névrose, voire de leur perversion (1978) ;

Comment est-ce- que ça est possible ? Quel est le trucage ? » – le mot est intéressant !

Il amène alors le deuxième du corpus, le sujet supposé savoir. Un sujet supposé dit-il c’est un redoublement. Et ce supposé en saurait, « il sait le truc, la façon dont on guérit une névrose ». Voilà le trucage, le sujet supposé savoir, le transfert. C’est un trucage ! Un drôle de trucage ! 

*

Donc disparité se substitue à inter – comme désir du psychanalyste se substitue à contre transfert, ce qui n’est pas la même chose que le propre transfert du psychanalyste ! 20’ C’est bien au niveau d’une structuration inconsciente que la disparité subjective est donnée. Comme toujours Lacan n’y va pas par quatre chemins : « … s’isoler avec un autre pour lui apprendre quoi ? » interroge-t-il. « lui apprendre ! » - « Ce qui lui manque […] Et de par la nature du transfert ce qui lui manque il va l’apprendre en tant qu’aimant. Mais non pas « pour son bien » mais « pour qu’il aime ». « Est-ce le devoir de lui apprendre à aimer ? » « Il parait difficile d’en élider la nécessité (répond Lacan) que pour ce qui est d’aimer et de ce qu’est l’amour, il y aura à dire que les deux choses ne se confondent pas. »  (Séminaire Le transfert…). 

Dans « la Troisième » en 1978 il reprend la fonction de l’analyste : offrir à l’analysant le petit « a » comme cause de son désir. Ce nœud qui enserre l’objet « a » il faut l’être dit-il. Mais comme semblant, et « ça c’est calé » ! « ce n’est pas rien » ! « Il ne suffit pas d’en avoir l’idée. Il n’y a rien de plus dans le monde qu’un objet petit « a », chiure ou regard, voix ou tétine qui refend le sujet et le grime en ce déchet qui lui, au corps, ek-siste. Pour en faire semblant il faut être doué, c’est particulièrement difficile. » Le semblant en effet est toujours là dans tout discours, comme une « seconde nature ». Nulle nécessité cependant de « l’afficher » et de s’en « engoncer »…(dixit Lacan) ! Semblant aussi je dirai par rapport au réel que comporte cet objet, mais aussi par rapport à celui, ce réel, qui est attaché au symptôme de l’analyste. 

*

Pour finir, et poursuivre un point de vue sur les cliniques contemporaines je pose la question, qui concerne le désir de l’analyste : comment les analystes sont-ils passé du rejet des addictions plus précisément des toxicomanies, à leur « intégration » ? Certes les pratiques en ont imposé, mais je pense que des réponses sont aussi dans le numéro de la Revue lacanienne « La psychanalyse est-elle une addiction ? » Alors la question du manque réel a été prise en compte, la drogue comme RSI a compté, est « devenue » objet « réel », puis objet « a », puis non. Pour ma part suite à quelques cas cliniques en analyse il y a longtemps elle m’est apparue comme couverture, puis comme cache-symptôme, puis comme conduite. Comme d’autres conduites du contemporain. Alors à propos du transfert et du désir de l’analyste j’ai trouvé un bel exemple chez Lacan. Celui de la kleptomanie. Une conduite. Lacan ne rechignait pas, il n’y avait pas de sujets tabous. Cet exemple pris pour différentes raisons : 

 Il s’agit du cas – une « « femme impulsive », « « névrose de caractère », « personnalité réactionnelle » comme on voudra »[7] - une analysante de Margaret Little dans le Séminaire l’Angoisse, et plus précisément la leçon du 30 Janvier 1963. « Comme tous les vols de kleptomanes, qui [n’ont]aucune signification d’intérêt particulier, qui [veulent] simplement dire : « Je vous montre un objet que j’ai ravi par la force ou par la ruse, un objet qui veut dire qu’il y a quelque part un autre objet, le mien, le petit « a », celui que je ne sais pas, qui mériterait qu’on le considère, qu’on le laisse un instant s’isoler » ». « Cette fonction de l’isolement, de l’être seul, a le rapport le plus étroit avec la fonction de l’angoisse ».   Il s’agit de différents manques, de différents registres… Le deuil, contingence ici qui déclenche des modifications chez la patiente et chez l’analyste, du sujet comme manque pour l’autre, de l’objet qui manque, celui qui est volé et qui manquera à l’étalage. L’objet volé, gadget, est artifice, voire substitut malhabile. Cas clinique contemporain, conduite, et conduite de la cure côté Margaret Little et côté Lacan, disparités., et impairs... Little est du côté d’Ella Sharpe, de « La réponse totale de l’analyste aux besoins du patient ». Ce qui est exigé aujourd’hui ! Les fausses urgences des toxicomanes puis des névrosés « du jour » nous ont avertis ! Jean Clavreul disait qu’avec ces personnes, addictés, il fallait supporter le va et vient de la présence et de l’absence, des présences et des absences diverses, « accepter qu’ils jouent avec nous comme le petit fils de Freud avec la bobine ». C’est à mon avis à nuancer, mais toujours dans et avec la parole.

Dans cette leçon ce n’est pas tant l’interprétation, son contenu qui compte mais la dimension de la coupure, et pas n’importe laquelle. Lacan appuie une certaine réactivité de Margaret Little, abandonnant les bonnes explications psychologiques.  Mais jouant à partir du moment où un manque est apparu. D’un manque ici chez l’analyste, dans ce cas permettant d’ouvrir le sujet à la question du manque et, suivant Lacan dans ce « marcottage », cette greffe, permettant au symbolique de situer le manque en ses différentes places. Lacan ne dit pas ici comment intervenir, si ce n’est de pointer (symboliser ?) la place du manque dans l’Autre dévoilant l’ouverture possible vers l’objet « a », cet objet porté à la monstration notamment par l’artifice d’un objet volé. 

Le psychanalyste italien Armando Verdiglione remarquait qu’avec la drogue, comme avec un artifice, avec un fétiche d’une autre façon, « on sait » ce qui manque. Un savoir mais qui demande « renouvellement » incessant. Si le semblant court dans tout discours, n’est-il pas aujourd’hui doublé par l’artifice ? L’impair, comme « aberration », permettrait à l’analysant de relever si possible d’un désir de l’analyste qui ne coïncide pas et dont le savoir n’est pas celui de l’artifice mais d’un savoir le truc en plus ! 

 

Addenda

J’ai depuis longtemps, à partir de ma clinique, de mes réflexions et de mes recherches, souvent opposé et proposé la notion d’artifice à celle de semblant. Est-ce judicieux ?

L’Artifice est l’art, celui d’adapter, d’ajuster, une manière de, une façon, un façonnage, voire une habileté, le coté artificiel évoque le fait de faire avec art, mais ce faire n’est pas « naturel ». Faire c’est placer, fabriquer, construire, c’est le factice, le fétiche.

Le semblant renvoie à un ensemble, au un, à l’unique, au paraitre aussi, au ressembler, le faire semblant… Il s’oppose, et se lie au Réel, il a donc un rapport à la Chose, la cause, à l’objet, d’une autre façon, d’un autre façonnage que l’artifice. Ceci mériterait approfondissement.

Quant au Truc de Lacan, le mot vient du taquet, il a une structure consonantique suggérant l’idée d’un coup (pour le coup ! expression fort usitée aujourd’hui), et secondairement d’un instrument servant à frapper, à marquer le coup. C’est aussi une ruse, un procédé caché, le trucage renvoie au toc, à une mauvaise qualité, à de la camelote ; il renvoie à tricher. Se pose aussi la question du rapport au réel ici.

 

[1] Note 2, Écrits p. 47 (1966)

[2] Freud, S. ; Au-delà du principe de plaisir ; d’après Friedrich Rückert (1788-1866)

[3] Ce signifiant odd, impair, singulier, bizarre qualifie la lettre dans le texte des Écrits « La lettre volée », il/elle possède plus le sujet qui entre en sa possession qu’il ne le/la possède

[4] Chassaing, J-L ; Les entretiens préliminaires et le transfert en question(s) aujourd’hui ; in « Désir et responsabilité de l’analyste face à la clinique actuelle » J-P Lebrun (sous la direction) ; érès Humus, 2013. Je citais Lacan : « Mesurer ce qu’on fait quand on entre dans une psychanalyse, c’est quelque chose qui a bien son importance, mais en tout cas quant à moi, qui s’indique dans le fait que je procède toujours à de nombreux entretiens préliminaires » ; Le Séminaire, « D’un discours qui ne serait pas du semblant » (1971). Et « Ce n’est pas vous qui devez en pétrir la pâte, mais lui l’analysant qui doit faire usage de l’analyste » Conférence à Genève (1975).

[5] Cf les deux Leçons inaugurales, de Maurice Bloch, L’anthropologie cognitive à l’épreuve du terrain – L’exemple de la théorie de l’esprit, 2006. Et Jon Elster, Raison et raisons2006. Fayard, Philosophe, historien, sociologue des sciecnes politiques. Chaire de rationalité et sciences sociales.

[6] Chassaing J-L ; L’ordre thérapeutique et la technique psychanalytique, « Psychanalyse et psychothérapie - le dossier » La Revue lacanienne n° 1, Juin 2008,

[7] Margaret Little a parlé de border lline states : (Cf. Transference in border line states). Dans le séminaire Lacan parle de “tierce classe”. Il cite Alexander avec ses “Neurotic character” (1939) et met de côté « tout ce autour de quoi s’élaborent de si problématiques limitations classificatoires – alors qu’en réalité, il ne s’agit pas d’une espèce de sujet, mais d’une zone du rapport, celle que je définis ici comme acting-out ».

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